Refaire des Démocrates, aux États-Unis, un parti de gauche
C'est l'ambition de Bernie Sanders et d'Alexandria Ocasio-Cortez. Le vieux sénateur et la jeune députée font campagne ensemble pour relancer le Parti démocrate en recentrant son agenda sur les enjeux socio-économiques.

- Publié le 22-03-2025 à 19h00

Relancer le Parti démocrate en le recentrant sur un agenda socio-économique : telle est l'ambition de Bernie Sanders, l'icône de la gauche américaine, qui a entrepris une grande tournée à travers le pays. On prêterait volontiers à celle-ci des accents de précampagne présidentielle si l'on ne savait qu'à 83 ans, l'infatigable sénateur du Vermont n'entend très probablement plus être candidat, après deux vaines tentatives en 2016 et 2020.
C'est peut-être pour concilier cette contrainte de l'âge avec les attentes d'un électorat démocrate sorti déboussolé de la déroute de novembre dernier, que Bernie Sanders a choisi de faire une partie du chemin en compagnie d'Alexandria Ocasio-Cortez. Après avoir enchaîné seul rallyes et meetings dans le Midwest (il est notamment passé par le Michigan et le Wisconsin, deux "swing states" cruciaux), le sénateur a été rejoint par la jeune députée new-yorkaise pour une série de cinq apparitions communes dans le Nevada, le Colorado et l'Arizona. Commencé jeudi à Las Vegas, ce programme en duo doit s'achever ce samedi à Tucson, dans le sud de l'Arizona – un État clé que Joe Biden était parvenu à enlever en 2020, mais que Donald Trump a reconquis en 2024.
Héritière désignée
Bernie Sanders se défend de préparer ainsi un passage du témoin. Il n'en reste pas moins que "AOC" fait naturellement figure d'héritière en portant les mêmes valeurs de gauche et en menant les mêmes combats humanistes que son mentor. La voie est d'autant plus clairement tracée qu'il n'y a guère de concurrence. L'unique personnage d'envergure sur ce terrain, la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, a 75 ans…
Élue en novembre 2018 après avoir créé la surprise en écartant, dans les primaires démocrates, le député sortant qui disposait d'un budget de campagne près de vingt fois supérieur, Alexandria Ocasio-Cortez a été facilement reconduite à trois reprises, dans sa circonscription qui s'étend sur le Bronx et le Queens. Son dynamisme et sa vive intelligence, sa probité et son parler-vrai, en plus de son bagage latino-américain (sa mère est originaire de Porto Rico) dans un district où la moitié de la population parle espagnol, ont imposé un véritable animal politique, dont rien ne prédisait l'ascension.
Proche des gens
Avant de devenir à 29 ans la plus jeune élue au Congrès, AOC avait enchaîné les petits boulots, notamment comme serveuse dans un bar de Manhattan. C'est dans ses origines et son expérience que la députée puise les arguments pour convaincre. "Je ne crois pas dans la sécurité sociale, le syndicalisme et la dignité humaine parce que je suis marxiste. J'y crois parce que j'ai été serveuse", a-t-elle martelé jeudi à Las Vegas, en faisant référence aux Républicains qui taxent l'aile gauche du Parti démocrate de "socialiste", voire de "communiste".
En tandem avec Sanders, qui est davantage le théoricien du changement, Ocasio-Cortez incarne une approche plus concrète, au moment où le Parti démocrate est au plus bas non seulement dans l'opinion générale (29 % d'approbation dans un sondage CNN), mais aussi dans le jugement de ses électeurs (27 % de satisfaction dans un sondage NBC). Au moment aussi où les Démocrates aimeraient avoir des leaders déterminés à combattre plus énergiquement la politique de Donald Trump et consorts.
Comme le Tea Party
À 35 ans, AOC a désormais l'âge requis pour être président des États-Unis. Elle n'en reste pas moins trop jeune (JFK avait été élu à 43 ans) et trop radicale surtout pour espérer le devenir en 2028. Dans l'immédiat, d'aucuns la verraient bien être l'égérie d'un mouvement de masse, à l'image peut-être du Tea Party qui avait redonné du tonus aux Républicains sonnés par l'élection de Barack Obama. Avec pour priorités, non plus les questions éthiques et sociétales, mais les enjeux économiques et sociaux, en se rappelant que la défaite démocrate de 2024 est, à tort ou à raison, largement imputable à l'inflation et… au prix des œufs.