Le mensonge d'Angela Merkel à l'Europe au sujet du gaz russe: "Une erreur historique"
Selon un journal allemand, l'ancienne chancelière de l'Allemagne était au courant de l'intention de Poutine de faire chanter l'Europe à l'aide du gaz russe. Elle se serait pourtant gardée de partager cette information.
- Publié le 11-06-2024 à 18h21
- Mis à jour le 11-06-2024 à 18h26

L'utilisation russe du gaz comme une arme pour nuire à l'Europe n'est aujourd'hui plus un secret. Le portefeuille des Belges l'avait d'ailleurs fortement ressenti quand la Russie a fermé les vannes de ses gazoducs en direction du marché européen, puis lors de la destruction en septembre 2022 de Nord Stream 1 et 2. La situation avait pris l'Europe de court, alors que les stocks de gaz n'étaient pas suffisamment garnis, poussant les Européens à se tourner vers des pays comme le Qatar.
Alors que l'invasion russe en Ukraine débutait et qu'Ursula von der Leyen se montrait rassurante quant au gaz, l'Allemagne avait cependant déjà craindt pour son approvisionnement. Christian Lindner, le ministre allemand des Finances, déclarait alors au Financial Times que Moscou pourrait couper ses livraisons à l'Europe si l'Occident adoptait des mesures de représailles consécutives à une invasion de l'Ukraine. Il a néanmoins ajouté que l'Allemagne avait préparé des plans d'urgence pour répondre à une telle éventualité.
A présent, le journal allemand Handelsblatt vient non seulement appuyer qu'Angela Merkel était bien au courant de la menace mais aussi que le gouvernement allemand n'était pas préparé à la crise du gaz et n'a pas non plus pris de mesure. Selon nos confrères, l'ancienne chancelière de l'Allemagne savait que le Kremlin comptait faire du chantage à l'Europe en utilisant le gaz comme arme pour la pousser à mettre le gazoduc Nord Stream 2 en service rapidement. Cependant, Angela Merkel aurait dissimulé l'information pour conserver l'impression de quitter le pays en le laissant dans un parfait état, comme l'écrivent nos confrères. Elle a même été jusqu'à déclarer au journal qu'il "n'y avait aucune raison de croire que la Russie limitait l'approvisionnement en gaz de l'Europe".
Pourtant, les critiques ne manquaient pas. Côté alliés, les États-Unis, la Pologne et l'Ukraine redoutaient déjà la dépendance de l'Europe au gaz russe et se méfiaient du Gazoduc Nord Stream 2. Même au sein de l'Allemagne, les doutes étaient présents. Selon des documents confidentiels consultés par Handelsblatt, le ministère allemand de l'Économie avait déjà mis en garde en 2021 du remplissage très lent des approvisionnements européens en gaz par la Russie : en juillet 2021, Gazprom n'avait rempli qu'à moitié les réserves de gaz européennes. "La crise du gaz a pris l'Allemagne par surprise. Bien avant l'offensive russe contre l'Ukraine, Berlin soupçonnait le Kremlin de manipuler le marché du gaz", pointe du doigt le journal allemand. "Cependant, le gouvernement allemand n'a pris aucune mesure."
Pour Robert Habeck, vice-chancelier et ministre fédéral de l'Économie et du Climat depuis le 8 décembre 2021, il s'agit d'une "erreur historique", comme le rapporte 7/7. "Nous n'aurions jamais dû dépendre du gaz de Poutine", déplore-t-il.
