Visite de Benjamin Netanyahou à la Maison-Blanche: "Donald Trump est prêt à accepter un certain nombre d'exigences israéliennes, mais pas toutes"
La rencontre entre le Premier ministre israélien et le président américain pourrait redéfinir les contours d'un nouveau Proche-Orient.
- Publié le 03-02-2025 à 21h17

C'est une rencontre pleine d'enjeux pour le Proche-Orient. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est attendu ce mardi à Washington, devenant ainsi le premier dirigeant étranger à être reçu par Donald Trump depuis son investiture. Au programme des discussions, "la victoire contre le Hamas, (le) retour de tous nos otages et la lutte contre l'axe iranien dans toutes ses dimensions", a déclaré le chef du Likoud avant de s'envoler vers les États-Unis.
Lors de son premier mandat, le locataire de la Maison-Blanche avait grandement renforcé les relations sino-américaines. Son administration avait notamment reconnu la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan occupé et transféré l'ambassade des États-Unis à Jérusalem, reconnaissant ainsi la ville sainte comme capitale israélienne.
La menace iranienne
La question iranienne sera sans nul doute au cœur des discussions entre les deux dirigeants. L'année 2024 fut sous haute tension entre la République islamique et l'État hébreu, les deux pays ayant tous deux mené pour la première fois des attaques aériennes sur le territoire ennemi. "Il n'y a aucun endroit en Iran que le long bras d'Israël ne peut atteindre", a ainsi martelé M. Netanyahou devant l'Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier, en guise d'avertissement.
Une hostilité renforcée par l'accélération du programme nucléaire iranien, constaté par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Après la mise en service de 6 000 nouvelles centrifugeuses en novembre, la République islamique disposerait actuellement d'environ 200 kilogrammes d'uranium enrichi à 60 % – le seuil nécessaire à sa militarisation étant de 90 %.
Fondamentalement, les intérêts que défendent les membres de la coalition [israélienne] correspondent à la vision de Trump
Le rapport de force militaire étant favorable aux Israéliens, M. Netanyahou cherchera probablement à obtenir des garanties d'un soutien américain en vue de frappes sur Téhéran et ses infrastructures nucléaires et/ou pétrolières. Mais si Washington souhaite également réduire l'influence iranienne au Proche-Orient, "Donald Trump pourrait plutôt profiter de son affaiblissement dans la région (de Téhéran, NdlR) pour exercer une pression maximale par la voie de la négociation", estime Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Une stratégie dans la continuité de son précédent mandat, durant lequel il avait retiré les États-Unis de l'accord nucléaire iranien et décrété un embargo sur les exportations de pétrole iranien en 2019.
Un désaccord tactique dont devrait s'accommoder le Premier ministre israélien, qui s'était illustré par ses rebuffades répétées à l'égard de l'ancienne administration de Joe Biden. "Il sait que Donald Trump est un allié solide et que son intérêt est de resserrer au maximum ses liens avec Washington", poursuit notre expert. Une vision visiblement partagée par la Maison-Blanche : Donald Trump a d'ores et déjà débloqué la livraison à Israël de bombes de 2 000 livres (quelque 900 kilos), que son prédécesseur avait suspendue. Et annulé des sanctions financières contre des colons israéliens en Cisjordanie.
Le devenir de Gaza
Cette rencontre coïncide également avec la reprise prévue cette semaine des négociations entre Israël et le Hamas concernant la deuxième phase de trêve à Gaza, censée permettre la libération des derniers otages retenus dans l'enclave. Et paver la voie vers la fin de cette nouvelle séquence de guerre, dont le coût humain a été revu à la hausse par les autorités du Hamas lundi. Au moins 61 700 Palestiniens auraient ainsi trouvé la mort lors de l'offensive israélienne sur l'enclave, contre les quelque 47 760 recensés il y a quatre jours.
Si le Hamas se dit "prêt à entamer les négociations", l'exécutif israélien semble plus réticent. En poursuivant la trêve au-delà de sa première phase, Benjamin Netanyahou a peur de voir son ministre des Finances Bezalel Smotrich (extrême droite) quitter son gouvernement, le privant ainsi de sa majorité au sein de sa coalition. Là encore, "si l'objectif reste le même [à savoir la neutralisation du Hamas, NdlR], Donald Trump veut s'afficher en faiseur de paix et a plus intérêt à voir respecté l'échéancier décidé en amont, estime Didier Billion. Mais cela se fera à ses conditions."
Le chef du Likoud devra-t-il choisir entre une relation privilégiée avec les États-Unis ou le maintien de sa coalition ? "Tout se fera au marchandage et Washington devra probablement faire quelques concessions en faveur de l'extrême droite israélienne. Mais, fondamentalement, les intérêts que défendent les membres de la coalition correspondent à la vision de Trump", répond notre interlocuteur.
Dans ce contexte, "Donald Trump est prêt à accepter un certain nombre d'exigences israéliennes, mais pas toutes", nuance toutefois M. Billion. Car le président américain cherche avant tout à élargir les accords d'Abraham, ce pacte de normalisation des relations entre Israël et certains pays arabes, en particulier l'Arabie saoudite. Riyad a pour sa part d'ores et déjà posé la création d'un État palestinien comme condition sine qua non à une paix officielle avec Israël. Dès lors, l'évocation par Donald Trump d'un plan de déplacement "temporaire" ou "à long terme" des Palestiniens en Égypte et en Jordanie, qualifiant Gaza de "site de démolition", ressemble plus à un ballon d'essai pour tester l'état d'esprit des opinions arabes qu'à un objectif concret.
